Socialisation différenciée, catalogue de Noël et discrimination

« La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question  » (1).

Soulignée sur internet par de nombreux blog, notamment le plafond de verre, Super U prend note de l’importance de ne pas limiter les jeux possibles des petites filles et des petits garçons. On y voit ainsi dans le catalogue de Noël des petites filles jouer avec une grue ou des petites voitures et des petits garçons s’amuser avec des poupées ou jouer à la dînette. On observe que le code couleur bleu/rose est moins marqué dans le catalogue de Super U que dans celui de ses concurrents où les stéréotypes de genre sont encore bien marqués (2).

Socialisation différenciée, catalogue de Noël et discrimination

Ce catalogue ne va pas réduire à lui seul les écarts de salaire par exemple, mais montre que les moeurs évoluent et que notre société va probablement vers une meilleure prise en compte des différences.On notera également la stratégie de différenciation de Super U par rapport aux autres distributeurs: en étant « progressiste » la marque de distribution fait parler d’elle et effectue ainsi une belle opération de communication.

L’idée que la socialisation genrée est l’une des causes des inégalités homme/femme est désormais intégrée dans la compréhension des discriminations. En effet, les sociologues ont démontré que, dans les différentes institutions comme la famille ou l’école, les enfants effectuent un apprentissage des normes et des valeurs en vigueur dans la société différent selon leur sexe. Cette socialisation genrée a des conséquences pour les filles notamment, qui, à terme, même si des progrès ont été observés dans le domaine, sont sous-représentées dans les filières scientifiques les plus valorisées ou, par exemple, tentent moins de concours que les garçons. Globalement, les femmes s’orientent vers les métiers du « care » (santé, social, éducation) mais dans le même temps elles se ferment les portes des secteurs d’activité offrant les emplois les mieux rémunérés. La socialisation genrée est à l’origine d’une violence symbolique menant les femmes (et les hommes) à intérioriser et à naturaliser « la domination masculine« .

En politique, si une loi sur la parité a été votée le 8 mars 2001, on observe une sous-représentation des femmes dans les différents lieux du pouvoir. A l’Assemblée Nationale par exemple, on ne compte que 27 % de femmes parmi nos députés. C’est le même constat dans le domaine économique, où suite à la loi Copé-Zimmerman de 2011, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2017, les femmes occupent rarement les postes à haute responsabilité. Alors que la loi impose aux entreprises du CAC40 la présence de 40% de femmes, on observe en 2016, qu’elles sont en moyenne 35% dans ces conseils d’administration. La loi a permis de quasiment tripler la présence féminine sur les 5 dernières années, cependant près de la moitié des 40 plus grandes entreprises françaises ne respecte pas encore cette loi.

Alors même qu’il est largement acquis que les hommes et les femmes ont les mêmes capacités cérébrales, nous ne devrions pas observer de telles inégalités professionnelles. La socialisation différenciée influence les choix d’orientation des filles et des garçons et explique en véhiculant un certains nombre de stéréotypes de genre la sous-représentation des femmes dans les lieux de pouvoir (politique, économique,…).Il s’agit d’un processus silencieux, comme l’explique le sociologue Bernard Lahire, qui passe par une inculcation, souvent insconsciente, de normes et de valeurs différentes pour les filles et les garçons. Cela passe par autant de réactions différentes des parents et de l’entourage de l’enfant: des encouragements ou découragements, des incitations ou injonctions, des valorisations ou sanctions en fonction des attitudes et des comportements attendus selon le sexe.

Tout ce qui contribue ainsi à freiner la diffusion des stéréotypes de genre durablement ancrées dans nos mentalités, permet de lutter contre les inégalités homme/femme. TV5 Monde l’a bien compris en proposant un dossier sur les métiers allant à l’encontre de ces répresentations: « Les métiers ont-ils un sexe? »

(2): Tableau, extrait d’un travail effectué par les élèves de 1ES en classe, basé sur l’observation de 7 catalogues de Noël différents:

 

 

Fille Garçon Mixte
Poupée

bébé poussette

dînette

cuisine

tête à coiffer

danse

ménage

loisirs créatif

caisse enregistreuse

barbie

déguisement princesse

figure animaux (petshop)

trousse maquillage

licornes

machine à coudre

guitare rose

karaoké

bijoux

code couleur : rose

Automobile

mécanique

robot

outils

jeux de guerre (pistolets,…)

dinosaures

pompiers

police

foot

super héros

jeux télécommandés

figurines

drones

code couleur : bleu

déguisement pirate

lego

starwars

tapis de voitures

consoles

talkie-walkie

code couleur : bleu

Jeux de société

jouets en bois

jeux de science et expérience

vélos

trottinette

musique

déguisements

playmobile

cuisine

tableau, ardoise

balançoire

appareil photo

multimédia

kapla

code couleur : orange/jaune

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