Grand débat et dépenses publiques

Lors de la dernière campagne présidentielle, la question de la réduction des dépenses publiques a été au centre des débats. Emmanuel Macron, en quête de séduire l’électorat traditionnel de droite, ou peut-être simplement par conviction personnelle, a placé cette mesure au coeur de son programme économique. C’est aujourd’hui, à travers le grand débat national organisé par le gouvernement, que ce sujet revient.

En effet, les français sont invités à s’exprimer sur « les économies qui semblent prioritaires à faire », sur la suppression de services publics « dépassés ou trop chers ». Bien que les questions invitent à réfléchir sur la perspective de « nouveaux services publics », le grand débat national, semble être l’occasion, via la consultation et les fiches pédagogiques mises à disposition, de valider les choix budgétaires de l’exécutif, dans le but de diminuer les dépenses publiques. Sans pour autant sous-entendre que le grand débat est instrumentalisé, la question des inégalités est insuffisamment mise en perspective pour comprendre les enjeux d’une telle politique.

Si la bonne gestion des finances publiques est probablement un gage de bonne gouvernance, il est en revanche légitime de se demander si l’objectif de réduction des dépenses publiques est souhaitable pour le bien-être des populations?

depenses publiques(fiche pédagogique du grand débat national, extraite du dossier sur la fiscalité et les dépenses publiques)

Une tribune publiée dans Le Monde lors de la dernière présidentielle, signée par Christophe Ramaux et Henri Sterdiniak, explique que ces programmes économiques dit « d’austérité » reposent sur 4 idées fausses, que ces économistes rétablissent:

– la dépense publique n’est pas une part du PIB, ce qui ne limite pas l’utilisation du PIB pour les dépenses privées;

– les fonctionnaires effectuent un travail productif créant des richesses (17% du PIB);

– les dépenses publiques bénéficient aux activités économiques privées;

– réduire la dépense publique ne permet pas de réduire nécessairement le déficit et la dette publique.

L’OFCE, institut de recherche rattaché à Science Po Paris, a publié, en 2017, une note de perspective sur l’avenir des dépenses publiques. Les auteurs insistent sur l’idée que le « niveau à atteindre de la dépense publique ne peut donc se résumer à un débat comptable ». Cette préconisation trouve toute son actualité avec la concertation nationale en cours.

En France, sur 1000 euros de dépenses publiques, la moitié sert à financer la protection sociale (santé, vieillesse, famille,…) contribuant à prendre en charge les risques individuels (accidents, maladies, chômage,…) et à lutter contre les inégalités. L’étude de l’OFCE, montre par exemple qu’en France, près de 80% de la réduction des inégalités est permise par les dépenses publiques. Au final, le débat sur la réduction des dépenses publiques ne peut donc se poser qu’en questionnant également l’impact de celles-ci sur le modèle social et l’organisation des solidarités.

A l’heure du grand débat national, il faut espérer que la question des inégalités ne sera pas la grande oubliée de la concertation.

En savoir plus…

Louis Maurin, Observatoire des inégalités, Dépenses publiques: les français ne dépensent pas plus que les autres:http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=2257

« Dépenses publiques: Quels enjeux pour le prochain quinquennat? » (18 pages) OFCE, avril 2017.

Le grand débat national: fiches fiscalité et dépenses publiques (2019)

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