Petite introduction aux réflexions sur la justice sociale

La révolution française de 1789 marque le passage d’une société aristocratique basée sur un système de privilèges à une société démocratique soucieuse de la justice sociale. Les sociétés démocratiques, sont fondées d’après Dominique Schnapper, sur une «utopie créatrice» qui stipule l’égalité de tous les individus. C’est à travers le concept d’égalité que l’on peut penser la notion de justice sociale. La justice sociale est centrale dans les politiques publiques menées par les Etats-Providence.

Pour autant, l’idée que l’Etat puisse agir dans le sens de la justice sociale ne fait pas l’unanimité. Pour des penseurs issus de la tradition marxiste, le système économique est injuste intrinsèquement au regard des rapports de production qu’il impose, les pouvoirs publics ne peuvent y remédier, il faut mettre fin au capitalisme et pas seulement le réguler.

Pour un auteur comme Friedrich Hayek, la justice sociale n’est qu’un mirage. Seule une action individuelle peut être qualifiée de «juste» ou «injuste», il est ainsi impossible d’évaluer le mérite d’une situation relevant de l’interaction de plusieurs hommes. Les revenus issus du mérite individuel des individus en compétition sur un marché ne peuvent être redistribués au nom d’une prétendue justice sociale.

Les travaux de sociologie des injustices menés par François Dubet éclairent cependant le concept de justice sociale, en montrant que les principes sur lesquels les individus forment leur jugement sont l’égalité, le mérite et l’autonomie. Ces principes peuvent selon les situations entrer en contradiction entre eux. Plutôt que de privilégier un de ces principes aux autres, l’enjeu est alors de repérer les inégalités acceptables.

L’Etat, organisation politique exerçant un pouvoir sur un territoire et une population donnés, agit de manière juste dès lors qu’il lutte contre les inégalités socialement inacceptables. Ainsi pour John Rawls, les inégalités économiques et sociales peuvent être acceptées, dès lors qu’elles sont reliées à des positions sociales ouvertes à tous (égalité des chances) et à condition que les inégalités tolérées avantagent les plus défavorisés (principe de différence). Plus largement, les politiques publiques contribuent à la justice sociale, dès qu’elles recherchent l’une de ces trois formes d’égalité: égalité devant la loi, égalité des situations et égalité des chances. Comment l’Etat peut-il contribuer à la justice sociale ? Quels sont les moyens d’actions de l’Etat pour lutter contre les inégalités socialement inacceptables ?

Si l’Etat peut globalement contribuer à la justice sociale en mettant en place des mesures favorisant l’égalité des chances (discriminations positives), les différents travaux en sciences sociales montrent cependant que l’un des meilleurs moyens pour assurer l’égalité des chances est de réduire les inégalités de situation, notamment en redistribuant les richesses avec un système d’imposition progressif et des dispositifs de protection sociale (services collectifs, prestations sociales…).

Au delà de la justice sociale, et en dépassant la sempiternelle question de la croissance économique, comme l’économiste Eloi Laurent nous invite à le faire, la nécessité de redistribuer les richesses doit désormais se penser au regard de l’urgence climatique, nos sociétés ne connaîtront pas de transition, sans une certaine sobriété matérielle.

Dissertation: Etat et justice sociale (20 questions d’économie)

les documents du cours (terminale)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s